Les élections municipales de 2026 n’ont pas constitué seulement un nouveau rendez-vous électoral local. Elles ont été aussi les premières élections municipales organisées après la réforme du mode de scrutin issue de la loi du 21 mai 2025, qui a généralisé le scrutin de liste aux communes de moins de 1000 habitants.
La généralisation du scrutin de liste dans les communes de moins de 1 000 habitants
Loi du 21 mai 2025 visant à harmoniser le mode de scrutin aux élections municipales afin de garantir la vitalité démocratique, la cohésion municipale et la parité
À compter des élections municipales de 2026, les communes de moins de 1 000 habitants sont également soumises au scrutin de liste paritaire. Concrètement, les électeurs ne pourront plus modifier le bulletin de vote : il ne sera plus possible de rayer un nom, d’en ajouter un autre ou de panacher entre plusieurs candidatures. Le vote portera désormais sur une liste, dans son ensemble.
Cette réforme vise à harmoniser les règles applicables aux élections municipales et à renforcer la parité dans les conseils municipaux.
Elle modifie toutefois profondément les habitudes électorales dans les petites communes, où le vote reposait souvent sur une logique plus personnelle, avec la possibilité de choisir individuellement les conseillers municipaux.
Pour tenir compte des difficultés de constitution des listes dans les plus petites communes, le conseil municipal pourra toutefois être réputé complet même si tous les sièges ne sont pas pourvus. Ainsi, dans les communes de 100 à 499 habitants, le conseil municipal comprend normalement 11 membres, mais il peut être réputé complet à partir de 9 élus (article L2121-2-1 du CGCT).
Le rapport d’information du Sénat du 3 octobre 2024 relatif à l’efficacité des conseils municipaux constitue l’une des étapes importantes ayant préparé la réforme du scrutin municipal. Présenté au nom de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation par Françoise Gatel, Nadine Bellurot, Éric Kerrouche et Didier Rambaud, il s’inscrit dans une réflexion plus large sur la crise de l’engagement local et le fonctionnement des conseils municipaux.
La mission sénatoriale ne s’est pas limitée à la seule question du mode de scrutin. Elle a également examiné l’effectif légal des conseils municipaux, les difficultés rencontrées par les petites communes pour constituer des équipes, les démissions d’élus en cours de mandat, ainsi que les conditions concrètes d’exercice du mandat local. Pour nourrir ses travaux, elle s’est notamment appuyée sur une enquête réalisée en juin 2024 auprès de 500 élus municipaux de communes de moins de 3 500 habitants.
Le rapport recommandait expressément d’étendre le scrutin de liste aux communes de moins de 1 000 habitants. L’objectif affiché était triple : renforcer la parité, favoriser la cohésion de l’équipe municipale autour d’un projet et mettre fin à la coexistence de deux modes de scrutin selon la taille de la commune. Cette approche a directement nourri la réforme issue de la loi du 21 mai 2025, dont les élections municipales de 2026 constituent la première application.
Mais sa première application en 2026 a également fait apparaître des difficultés concrètes, en particulier dans certaines petites communes rurales : constitution des listes, disponibilité des candidats, place du maire, fonctionnement collectif du conseil municipal.
Quand la constitution d’une équipe devient l’enjeu principal
Lors des élections municipales de 2026, 68 communes n’ont enregistré aucune liste candidate au premier tour. Dans ces communes, le renouvellement du conseil municipal n’a donc pas pu avoir lieu dans les conditions ordinaires, ce qui impose la mise en place d’une délégation spéciale et l’organisation de nouvelles élections.
Ce chiffre reste très limité à l’échelle nationale, mais il révèle une difficulté bien réelle dans certaines petites communes : trouver non seulement un maire, mais aussi une équipe. Car l’exercice du mandat municipal ne repose pas uniquement sur la personne du maire, même si celui-ci demeure en première ligne. La vie communale suppose un conseil municipal, des élus disponibles, une capacité à déléguer, à partager les décisions et à porter collectivement les responsabilités du quotidien. La réforme du scrutin applicable aux communes de moins de 1 000 habitants rend cette exigence plus visible : le vote ne repose plus sur des candidatures individuelles pouvant être panachées, mais sur la constitution d’une liste.
L’exemple d’Albaret-le-Comtal, en Lozère, permet d’en mesurer très concrètement les enjeux.

Une petite commune face à la difficulté de constituer une équipe
Dans cette commune de 131 habitants du nord de la Lozère, aucune liste n’avait été déposée à l’occasion du renouvellement général des conseils municipaux de mars 2026. Albaret-le-Comtal était ainsi la seule commune du département dans cette situation. Une élection municipale partielle intégrale a donc été organisée le 14 juin 2026.
Cet exemple est d’autant plus parlant qu’il s’inscrit dans un département très rural : la Lozère compte 152 communes, dont seulement 14 dépassent 1 000 habitants. Dans ces territoires, le vivier de personnes susceptibles de s’engager est nécessairement plus restreint, tandis que les responsabilités municipales demeurent nombreuses.
Dans un témoignage diffusé par 48 FM, la Maire sortante, Frédérique Pellissier-Godard, explique que, si elle avait été davantage accompagnée au niveau du conseil municipal, si elle avait pu déléguer et s’absenter plus facilement, elle aurait probablement envisagé de repartir. Elle souligne également la complexité croissante du mandat, qui suppose des connaissances très diverses, notamment en matière budgétaire, technique et administrative.
Son témoignage met en lumière une réalité souvent peu visible : dans les petites communes, le maire est fortement exposé, mais il ne peut exercer durablement ses fonctions seul. La vie municipale suppose un conseil municipal, des élus disponibles, et une capacité collective à porter les décisions du quotidien.
L’enjeu n’est donc pas seulement de trouver une personne prête à devenir maire. Il est aussi de constituer une équipe capable de partager la charge du mandat, dans des communes où les habitants susceptibles de s’engager exercent souvent déjà une activité professionnelle, agricole ou familiale prenante.
🔄 Mise à jour – juillet 2026
L’absence de toute liste au mois de mars n’a pas seulement eu pour conséquence de laisser la commune sans maire ni conseil municipal. Par un arrêté du 19 mars 2026, le préfet de la Lozère a institué une délégation spéciale, dont les pouvoirs étaient limités aux actes de pure administration conservatoire et urgente. Celle-ci ne pouvait donc pas adopter le budget communal. Faute de vote avant le 30 avril, le préfet a saisi la chambre régionale des comptes Occitanie, qui a formulé, le 20 mai 2026, ses propositions pour le règlement du budget.
Trois mois après l’absence totale de liste, deux listes se sont pourtant présentées lors de l’élection municipale partielle intégrale du 14 juin 2026. Sur les 144 électeurs inscrits, 106 ont voté.
Ce résultat ne permet pas, à lui seul, d’imputer à la réforme l’absence de liste constatée en mars. Il montre néanmoins que celle-ci ne signifiait pas qu’aucune candidature ne pouvait émerger dans la commune. La difficulté rencontrée a donc pu résider, au moins en partie, dans la nécessité de réunir, dans les délais impartis, suffisamment de candidats au sein d’une même liste respectant les exigences de nombre et de parité. Pour les plus petites communes, la réforme n’a ainsi pas seulement modifié les modalités du vote : elle a aussi modifié les conditions mêmes dans lesquelles une candidature peut se constituer.


